📌 Sommaire
- Origine
- Pourquoi avoir besoin d’une supplémentation ?
- Concept génototrophique de Roger Williams
- Théorie du triage du Dr Bruce Ames
- La nutrithérapie s’oppose-t-elle à la médecine des médicaments ?
- Études cliniques à connaître
- La nutrithérapie en résumé
- Pour en savoir plus
- Formations universitaires
- Praticiens de santé
- Ressources scientifiques
La nutrithérapie, aussi appelée micronutrition ou, dans certains pays, médecine orthomoléculaire, est une approche médicalisée de la nutrition. Elle étudie l’impact des micronutriments (vitamines, minéraux, oligoéléments, acides gras, acides aminés, antioxydants, pré- et probiotiques) sur la santé. Son but est d’optimiser leur statut dans l’organisme. L’idée est simple : même avec une alimentation correcte, certaines personnes ont des besoins spécifiques. La micronutrition cherche donc à comprendre l’effet des micronutriments sur les organes, pour prévenir certains troubles ou en corriger d’autres.
Précision clinique. La nutrithérapie peut être intégrée à une prise en charge médicale. Elle ne remplace ni le diagnostic, ni la prescription, ni le suivi clinique conventionnel.
➠ Origine
En 1947, le Dr Roger J. Williams a développé le concept d’« individualité biochimique ». Ce concept indique que les besoins nutritionnels varient d’une personne à l’autre. Il a aussi décrit des différences anatomiques et physiologiques entre individus, et leur influence sur la susceptibilité aux maladies. Linus C. Pauling, deux fois lauréat du prix Nobel de chimie et de la paix, a utilisé le terme « médecine moléculaire » dans son article historique de 1949 sur le mécanisme de l’anémie falciforme. Pauling a également défini la psychiatrie orthomoléculaire comme une approche visant un environnement moléculaire optimal pour l’esprit, notamment des concentrations adaptées de substances déjà présentes dans l’organisme. Il a ouvert une nouvelle perspective : certaines mutations génétiques peuvent altérer l’environnement moléculaire et modifier des fonctions physiologiques liées à des maladies. Plus tard, le Journal of Orthomolecular Medicine a été créé en 1967 par Abram Hoffer, médecin psychiatre, qui a popularisé l’usage de la vitamine B3 dans certaines maladies psychiatriques. Cette revue publie des travaux en médecine nutritionnelle et orthomoléculaire. Elle reste toutefois controversée, car la validité de ce domaine n’est pas largement acceptée par la médecine conventionnelle.
La nutrithérapie s’est développée aux États-Unis dans les années 80-90, notamment avec Jeffrey S. Bland PhD, biochimiste américain. Il est souvent présenté comme un pionnier anglo-saxon de la nutrithérapie fonctionnelle, et une figure fondatrice de la médecine fonctionnelle moderne. Il a intégré la biochimie, la nutrition et la médecine pour construire une approche personnalisée et préventive de la santé. Son objectif : faire évoluer la prise en charge des maladies chroniques, en ciblant les causes sous-jacentes et pas seulement les symptômes. Dans le monde francophone, le Dr Jean-Paul Curtay, médecin et nutritionniste, a largement contribué à la vulgarisation de la nutrithérapie dans les années 1990-2000, en s’inspirant des travaux de Bland et Pauling.
Le Pr Bruce Ames a, de son côté, apporté une base scientifique à plusieurs idées clés de la médecine fonctionnelle (nutrition cellulaire, vieillissement, prévention, interdépendance des systèmes biologiques).
🔗 Journal of Orthomolecular Medicine Vol 27, No 1, 2012 – Metabolic Correction: A Functional Explanation of Orthomolecular Medicine
La nutrithérapie utilise des compléments alimentaires, aussi appelés nutraceutiques ou produits de santé, avec des principes actifs pouvant produire des effets parfois perceptibles à court terme. Ces produits visent à soutenir la santé, les performances physiques et intellectuelles, à freiner certains effets du vieillissement, et à réduire des troubles comme l’anxiété ou les troubles de l’humeur.
Précision clinique. Un effet « ressenti » n’est pas automatiquement un bénéfice clinique robuste. La confirmation repose sur la cohérence du mécanisme, des biomarqueurs pertinents et des résultats cliniques reproductibles.
➠ Pourquoi avoir besoin d’une supplémentation ?
La teneur en micronutriments de l’alimentation actuelle peut, dans certains cas, ne plus suffire pour couvrir tous les besoins de l’organisme. Plusieurs raisons sont présentées ci-dessous.
Conséquence : les déficiences en micronutriments sont de plus en plus fréquentes.
Christophe Moinard, professeur en nutrition à l’Université de Grenoble, estime notamment qu’« il existe certaines situations physiologiques lors desquelles nous n’arrivons pas à couvrir nos besoins en vitamines et minéraux, et lors desquelles la supplémentation peut être intéressante ».
Précision clinique. La pertinence d’une supplémentation dépend du contexte : symptômes, terrain, alimentation, traitements en cours, biologie disponible, bénéfice attendu et sécurité.
➥ Concept génototrophique de Roger Williams :
Certains individus portent des gènes qui les prédisposent à des pathologies. Ces gènes peuvent entraîner des particularités biochimiques. Elles ne se rééquilibrent pas toujours avec une alimentation classique. Dans ce cas, des choix nutritionnels ciblés et une supplémentation individualisée peuvent être utiles.
18 % de la population française serait porteuse du groupe HLA B35. Ce groupe est associé à un défaut de rétention cellulaire du magnésium. Cela peut créer un besoin augmenté en magnésium, mais aussi en cofacteurs magnésio-fixateurs comme la taurine. À long terme, cela peut favoriser un déficit chronique en magnésium et une vulnérabilité accrue au stress.
Précision clinique. Ce type d’assertion doit être interprété avec prudence et replacé dans le niveau de preuve disponible. Une association biologique n’équivaut pas, à elle seule, à une indication thérapeutique universelle.
Conséquence d’une carence en micronutriments
Problèmes de santé causés par une carence
Il existe plusieurs synergies de micronutriments selon les pathologies. Il n’y a pas de posologie universelle. Chaque organisme a des besoins différents.
➥ La théorie du Triage du Dr Bruce Ames, PhD
Le Dr Bruce Ames est professeur émérite de biochimie et de biologie moléculaire à l’université de Californie à Berkeley. Ses plus de 555 publications l’ont placé parmi les scientifiques les plus cités dans plusieurs domaines.
🔗 Bruce N. Ames, Ph.D. – About Dr. Ames
Le Dr Ames a proposé une théorie appelée « théorie du triage ». L’idée centrale : la sélection naturelle favorise la survie à court terme (reproduction), parfois au détriment de la santé à long terme et de la réparation de l’ADN. Cela peut augmenter le risque de maladie chronique dans le temps. Cette idée est cohérente avec la théorie évolutionnaire. Sans pathologie visible, des déficiences modestes en micronutriments peuvent produire des dommages métaboliques progressifs. Ces dommages pourraient favoriser des maladies liées au vieillissement. La théorie du triage propose donc un cadre entre déficit chronique modéré en micronutriments et maladies dégénératives (cancer, dysfonction immunitaire, déclin cognitif, maladies cardiovasculaires, AVC).
Exemple classique : en cas de manque de fer, l’organisme priorise les fonctions vitales. Certaines fonctions moins vitales sont alors moins servies. À long terme, cela peut contribuer à des dommages biologiques cumulés.
🔗 J Nucleic Acids. 2010 – Prevention of Mutation, Cancer, and Other Age-Associated Diseases by Optimizing Micronutrient Intake
Au cours de l’évolution, les pénuries de micronutriments ont probablement été fréquentes. Les 15 minéraux essentiels ne sont pas répartis de manière uniforme sur la Terre. Les sources alimentaires ont aussi beaucoup varié selon les époques et les régions. La théorie du triage prévoit que l’optimisation de l’apport des quelque 40 micronutriments essentiels pourrait réduire le risque de maladies chroniques liées à l’âge et améliorer la longévité. Si cette théorie est correcte, une partie de ces maladies pourrait être réduite par des interventions nutritionnelles à coût modéré. Les recommandations actuelles de la FDA (« Food and Drug Administration ») pour la vitamine K (90 µg/jour chez l’adulte), et celles de l’EFSA en Europe (75 µg/jour), visent surtout un niveau suffisant de coagulation. Elles ne visent pas forcément un niveau optimal de santé à long terme. Le même raisonnement est souvent avancé pour d’autres vitamines et minéraux/oligo-éléments. La VNR (Valeur Nutritionnelle de Référence), qui remplace les anciens Apports Journaliers Recommandés, pour la vitamine C a été définie pour prévenir le scorbut et donc le danger vital, pas pour garantir une santé optimale.
Précision clinique. Le modèle du triage est une hypothèse mécanistique influente. Son application pratique doit être graduée, avec mesure des paramètres pertinents, suivi de sécurité et réévaluation clinique régulière.
C’est dans ce contexte que la consommation de compléments alimentaires et/ou de « super-aliments » peut prendre tout son sens.
Les micronutriments complètent une alimentation saine !
On considère aujourd’hui que certains troubles de santé mentale peuvent être liés à des phénomènes inflammatoires cérébraux. Ces phénomènes pourraient aussi être liés à des déséquilibres de l’axe intestin-cerveau. Une alimentation pauvre en nutriments (magnésium, oméga-3, polyphénols, probiotiques, vitamines, minéraux) peut participer à ce terrain. Or ces nutriments sont essentiels au fonctionnement optimal du corps.
Le magnésium, par exemple, est un minéral majeur pour la santé, mais beaucoup de personnes en manquent. En médecine d’urgence, c’est aussi un agent thérapeutique important. À l’hôpital, il est utilisé par voie intraveineuse dans certaines arythmies potentiellement graves (troubles du rythme cardiaque). En cas de constipation ou avant une coloscopie, des sels de magnésium peuvent être utilisés. En obstétrique, dans certaines situations (pré-éclampsie, convulsions), de fortes doses de magnésium peuvent aussi être administrées par voie intraveineuse.
🔗 Stress Health. 2021 – Effect of magnesium and vitamin B6 supplementation on mental health and quality of life in stressed healthy adults: Post-hoc analysis of a randomised controlled trial
🔗 PLoS One. 2017 – Role of magnesium supplementation in the treatment of depression: A randomized clinical trial
Précision clinique. Les usages hospitaliers du magnésium (IV, indications aiguës) ne se transposent pas directement aux compléments oraux en population générale. Le cadre clinique et l’objectif thérapeutique sont différents.
Contrairement à la pharmacologie classique, les effets des micronutriments s’observent souvent sur des semaines, des mois, voire des années. Le contexte est multifactoriel et difficile à isoler dans les essais cliniques. Cela rend la validation scientifique plus lente que pour les médicaments traditionnels. Mais cette validation reste possible.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter l’article : Quelle validité scientifique pour la nutrithérapie ?
➥ La nutrithérapie s’oppose-t-elle à la médecine des médicaments ?
Un nutraceutique (ou bioceutique) revendique des bienfaits physiologiques. Le terme « nutraceutique » vient de la contraction de « nutrition » et « pharmaceutique ». Il désigne une substance issue d’un aliment, avec un effet potentiel positif sur la santé.
En santé, on oppose souvent « tout naturel » et « tout médicament ». En pratique, ces approches peuvent être complémentaires. Les médicaments peuvent soulager vite certains symptômes. Les stratégies nutritionnelles peuvent soutenir le terrain sur le moyen et le long terme. Une approche combinée, progressive et encadrée est souvent plus pertinente.
Il est important de noter que le produit de santé ou complément alimentaire ne doit pas être considéré comme un substitut au traitement médical conventionnel. La nutrithérapie s’inscrit dans une démarche complémentaire de la médecine traditionnelle. Les personnes doivent consulter un professionnel de santé qualifié en présence de symptômes et avant de débuter une supplémentation. Un complément alimentaire n’a pas vocation à remplacer un traitement ou un médicament prescrit par le médecin.
La nutrithérapie et la médecine fonctionnelle suscitent des positions prudentes, voire critiques, de la part des Ordres professionnels (Ordre des pharmaciens et Ordre des médecins) en France. L’Ordre des pharmaciens exprime parfois des réserves face à l’industrialisation des compléments, qui peut brouiller les rôles traditionnels du pharmacien. Plusieurs formations sont reconnues par l’État, comme le DIU MAPS (Micronutrition, Alimentation, Prévention & Santé), le CIFAC Santé – Diplôme en Nutrition et Micronutrition, le CFNA – Centre de Formation en Nutrition Appliquée, l’IFM France – Institut de Médecine Fonctionnelle (en lien avec l’IFM USA), le DU Nutrition, Métabolisme et Santé (Facultés de Médecine), le CIFAC Santé – Nutrition et Micronutrition, etc.
Voici une sélection d’études cliniques solides et reconnues pour certains compléments/micronutriments couramment utilisés en officine, avec des preuves issues de revues et d’essais randomisés (RCT) :
📚 Études cliniques à connaître
1. Vitamine D
Effet : prévention des infections respiratoires, soutien immunitaire, santé osseuse
Étude clé : Martineau et al., BMJ 2017, méta-analyse de 25 RCT (10 000+ participants)
Résultat : la supplémentation réduit significativement le risque d’infections respiratoires aiguës, surtout en cas de déficit initial.
Lien : BMJ 2017, DOI:10.1136/bmj.i6583
2. Oméga-3 (EPA/DHA)
Effet : réduction des triglycérides, soutien cardiovasculaire, effet anti-inflammatoire
Étude clé : REDUCE-IT trial, Bhatt et al., NEJM 2019
Résultat : 4 g/j d’icosapent éthyl réduit de 25 % les événements cardiovasculaires majeurs chez des patients à haut risque.
Lien : NEJM 2019, DOI:10.1056/NEJMoa1812792
3. Probiotiques (Lactobacillus, Bifidobacterium)
Effet : amélioration des symptômes du syndrome de l’intestin irritable (SII)
Étude clé : Ford et al., American Journal of Gastroenterology 2014, méta-analyse RCT
Résultat : efficacité modérée mais significative pour réduire les ballonnements et les douleurs abdominales.
4. Magnésium
Effet : amélioration des crampes musculaires et de la fatigue
Étude clé : Cuciureanu & Vink, Nutrients 2017, revue systématique
Résultat : des preuves d’efficacité sont rapportées pour réduire la fréquence et l’intensité des crampes chez certains patients.
Lien : Nutrients 2017, DOI:10.3390/nu9111211
5. Vitamine B12
Effet : correction des déficits, amélioration des neuropathies liées à la carence
Étude clé : O’Leary & Samman, Nutrients 2010
Résultat : la supplémentation est efficace pour prévenir et traiter l’anémie et les neuropathies associées à la carence.
Lien : Nutrients 2010, DOI:10.3390/nu2121346
⚠️ À garder en tête
- La qualité des compléments est cruciale (biodisponibilité, dosage, pureté),
- L’efficacité dépend souvent de l’état initial du patient (carence vs apport optimal),
Précision clinique. La force de preuve varie selon la molécule, l’indication, la population et le statut de carence initial. Le bénéfice attendu doit être explicité avant la supplémentation.
👉 La nutrithérapie en résumé
Des chercheurs comme Roger J. Williams, Linus C. Pauling, Jeffrey S. Bland et Bruce N. Ames ont aidé à mieux comprendre le rôle des micronutriments dans la santé. Pendant longtemps, la nutrition a eu une place limitée dans la formation médicale. Cela a conduit à un niveau de connaissance inégal selon les professionnels. Les prescripteurs ont parfois jugé les interventions nutritionnelles peu étayées pour prévenir les maladies ou maintenir le bien-être. Mais les données progressent. Il devient donc important que la formation médicale intègre davantage la nutrition et la micronutrition, y compris en santé mentale. La nutrithérapie a un avenir solide si trois critères sont respectés : mécanisme clair, biomarqueurs mesurables, bénéfice clinique modeste mais reproductible. Aujourd’hui, elle doit garder une place modeste, intégrée à la médecine conventionnelle, fondée sur des biomarqueurs et sur la coopération interprofessionnelle.
© Rémy Honoré
🔗 Pour en savoir plus :
- Science&Vie. 2024 – La prise quotidienne de multivitamines pourrait ralentir le déclin cognitif et stimuler la mémoire
- Fondation fondamentale. 2022 – « Plus vous améliorez votre alimentation, plus vous en retirez des avantages pour votre santé mentale »
- Cerveau & Psycho. 2022 – La psychonutrition, un nouvel élan pour la santé mentale
- Psychomédia. 2018 – La psychiatrie nutritionnelle : traitement de l’avenir en santé mentale
🔗 Formations universitaires
- I.E.P.P – Institut Européen de Physionutrition et de Phytothérapie
- I.E.DM – Institut Européen de Diététique et Micronutrition
- D.U micronutrition de Strasbourg
- DIU Micronutrition, alimentation, prévention et santé de Paris
- DU Alimentation-santé et Micronutrition de Bourgogne
🔗 Praticiens de santé
🔗 Ressources scientifiques
- Am J Clin Nutr. 2024 – Effect of multivitamin-mineral supplementation versus placebo on cognitive function: results from the clinic subcohort of the COcoa Supplement and Multivitamin Outcomes Study (COSMOS) randomized clinical trial and meta-analysis of 3 cognitive studies within COSMOS
- Cureus. 2022 – Nutritional Elements in Sleep
- Nutrients. 2021 – Nutritional Psychiatry: How Diet Affects Brain through Gut Microbiota
- Trends Food Sci Technol. 2020 – Food policy, nutrition and nutraceuticals in the prevention and management of COVID-19: Advice for healthcare professionals
- PLoS One. 2017 – Role of magnesium supplementation in the treatment of depression: A randomized clinical trial
- EBioMedicine. 2017 – Nutritional Psychiatry: Where to Next?
- Proc Nutr Soc. 2017 – Nutritional psychiatry: the present state of the evidence
- Clin Nutr Res. 2016 – Nutritional Factors Affecting Mental Health
- Lancet Psychiatry. 2015 – Nutritional medicine as mainstream in psychiatry
- Biol Psychiatry. 2014 – Omega-3 fatty acids in the prevention of interferon-alpha-induced depression: results from a randomized, controlled trial
- Biol Psychiatry 2013 – Zinc in depression: a meta-analysis
- Nutr J. 2008 – Nutritional therapies for mental disorders

